LE DÉVOREUR DE MOTS DE MARC BERNARDIN

Le dévoreur de mots 017 : Un accord de non-concurrence

Toucan lisant une bande dessinée

Comme on peut facilement le constater en se promenant dans les couloirs de n'importe quelle convention de taille moyenne, en lisant Twitter ou en consultant l'un des cent sites web consacrés à la bande dessinée, de nombreuses personnes essaient de gagner leur vie en écrivant des bandes dessinées. Certains réussissent mieux que d'autres. Quelques-uns réussissent mieux que tout le monde.

En tant qu'écrivain cherchant à percer - ou en tant qu'écrivain établi cherchant à aller plus loin - il y a plusieurs façons de considérer l'existence de ceux dont la carrière brille de mille feux. Pour reprendre les mots d'un petit homme vert, ne soyez pas envieux, car l'envie mène au côté obscur.

Il est toujours difficile de voir ses contemporains réussir et l'on a tendance à souhaiter qu'ils échouent. C'est naturel... à tel point que les Allemands ont un mot pour cela : Schadenfreude.

Mais il ne faut pas oublier qu'en tant qu'écrivains, nous passons suffisamment de temps seuls, dans nos bureaux, nos cafés ou nos bibliothèques, à essayer de faire ce travail. Personne d'autre que nous ne peut comprendre ce que nous faisons. En tant que tels, nous formons une tribu. (Je dirais bien une confrérie, mais ce serait ignorer le nombre toujours croissant de femmes qui veulent aussi faire ce travail).

Nous sommes dans le même bateau, pour le meilleur et pour le pire. Et ce qu'il faut retenir, c'est que nous ne sommes pas en concurrence les uns avec les autres, malgré le nombre croissant de concours organisés par les rédacteurs en chef pour recruter leur personnel. Nous sommes en guerre avec nos histoires. Le processus d'écriture est l'un de ceux qui nous mettent au défi de nos propres lacunes, qui nous poussent à dépasser les limites de notre talent pour produire quelque chose dont nous n'étions pas sûrs d'être capables.

Et ce combat ne devient jamais plus facile, pas si nous faisons bien notre travail. Je n'ai jamais rencontré d'histoire qui se soit écrite toute seule, mais j'en ai rencontré beaucoup qui m'ont résisté à chaque instant.

Ce n'est pas pour rien que les scénaristes de télévision appellent l'acte de tracer les grandes lignes d'un épisode "casser l'histoire". Ils sont comme des animaux sauvages que l'on peut mettre au pas ou qui s'enfuient là où l'on ne voulait pas qu'ils aillent (ce qui n'est pas si mal en soi, mais nous avons des délais à respecter). (Ce qui, en soi, n'est pas si mal, mais nous avons des délais à respecter).

Passer son temps à s'inquiéter de la quantité de travail que reçoit cet auteur, de l'exclusivité qu'a l'autre, du tirage complet que cette femme a épuisé ou du personnage de rêve que ce type peut écrire, c'est du temps perdu. Du temps qui pourrait être mieux utilisé à écrire.

Ou apprendre de ceux qui ouvrent la voie juste devant vous. J'ai constaté que la plupart des écrivains sont heureux de partager leurs récits de terrain et n'aimeraient rien de plus que de vous donner quelques conseils pour vous aider à vous sortir d'une situation particulièrement délicate ou à vous orienter vers un risque commercial que vous n'avez jamais vu auparavant.

Un peu de concurrence est salutaire. Elle donne envie de s'améliorer. Mais lorsque la compétition cède la place à une obsession malsaine, cela ne fait de bien à personne.

Nous sommes tous entrés dans la bande dessinée pour faire de la bande dessinée. Qui plus est, pour améliorer les bandes dessinées. Tout ce qui s'en écarte revient à pisser dans le vent.


Le dévoreur de mots de Marc Bernardin paraît le troisième mardi de chaque mois ici sur Toucan !

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