LE DÉVOREUR DE MOTS DE MARC BERNARDIN
Le dévoreur de mots 054 : Parfois, le chemin devient difficile

Il arrivera un moment dans votre carrière, si vous avez de la chance, où vous aurez quelque chose à écrire que vous n'avez pas vraiment envie d'écrire. Bien sûr, vous pouvez être le genre de scribe de bande dessinée qui ne fait que des œuvres appartenant à des créateurs. Vous pouvez aussi avoir la chance d'écrire le personnage que vous aimez depuis l'âge de neuf ans. Même dans les meilleures circonstances, il peut y avoir une scène que vous savez devoir figurer mais que vous détestez ou un sujet que vous n'aimez pas mais qui doit quand même être présent.
Et si ces circonstances ne sont pas les meilleures, vous risquez d'être confronté à une histoire dans laquelle vous n'arrivez pas à vous investir. Les raisons peuvent être légion. Le personnage ne vous parle pas, mais vous ne pouvez pas le changer. Les paramètres de l'histoire ne vous laissent aucune marge de créativité. Le contenu de l'histoire est répréhensible, mais vous êtes coincé avec lui.
L'écriture est, pour beaucoup d'entre nous, une passion. Mais c'est aussi un travail. Et tous les jours, toutes les semaines, tous les mois ou toutes les années de travail ne sont pas forcément géniaux. Alors comment faire pour que les mots coulent quand ils ne veulent absolument pas couler ?
Trouvez quelque chose.
C'est peut-être difficile, mais vous trouvez un aspect du concert qui vous intéresse. Peut-être que ce ne sera pas grand-chose. Peut-être que ce ne sera pas une chose importante. Peut-être s'agit-il d'un seul personnage. C'est peut-être le ton. Ou le monde. Ou n'importe quoi d'autre. Mais il doit y avoir quelques qualités rédemptrices dans le travail, même si elles sont couvertes d'excréments. Trouvez-les et soutenez-les.
Faites en sorte qu'il y ait un débat contradictoire.
Ce n'est pas une solution à long terme, car ce type de motivation brûle vite et fort, mais de la même manière que les boxeurs peuvent se convaincre de haïr leur adversaire pour gagner, vous pouvez faire de même. Faites de l'histoire quelque chose que vous devez conquérir, vaincre. Rendez-la personnelle. Mettez l'histoire en terre et allez de l'avant.
N'oubliez pas à quoi sert l'argent.
En d'autres termes, il s'agit de sortir de l'impasse. Peut-être que vous ne pouvez pas gagner si vous rendez la situation conflictuelle. Peut-être que vous ne trouverez pas de raison de vous rallier. Peut-être devez-vous simplement l'écrire parce que vous êtes payé pour le faire. Alors écrivez-le aussi vite que possible.
Avoir une conversation.
Parlez à la personne qui vous a confié le travail et expliquez-lui vos problèmes. Elle pourra peut-être vous aider à trouver votre chemin. Elle a peut-être une idée pour vous faciliter la tâche. Parlez à des contemporains de confiance - s'il s'agit de professionnels, ils ont déjà été dans le même bateau, et s'ils sont encore à flot, ils peuvent vous aider à naviguer dans les eaux. Demandez de l'aide, elle viendra peut-être.
S'éloigner à pied.
Le protocole de la fin du monde. Ne vous y trompez pas, il s'agit d'un choix de dernier recours. En effet, si vous abandonnez, vous risquez de ne plus jamais travailler avec un éditeur qui ne s'alignera pas sur vous pour vous faire payer. Si vous avez fait tout ce qui précède et que vous n'arrivez toujours pas à trouver votre voie - ou si le sujet s'est déplacé dans une zone qui va à l'encontre de tout ce en quoi vous croyez - il est peut-être temps d'atomiser le site depuis l'orbite. Mais, encore une fois, seulement si vous avez épuisé toutes les autres possibilités. La nouvelle se répandra et vous devrez expliquer votre décision. Certains comprendront, d'autres non. Mais si c'est la seule façon pour vous de vivre avec vous-même, qu'il en soit ainsi.
Écrire peut être très amusant. Mais vous saurez que vous êtes un écrivain si vous pouvez le faire quand ce n'est pas le cas.
Le dévoreur de mots de Marc Bernardin paraît le troisième mardi de chaque mois ici sur Toucan !